Un entrepreneur des médias sort rarement d'un parcours unique : il vient de la presse, de la musique, du jeu vidéo ou de la production audiovisuelle, et transforme un titre, un studio ou un label en entreprise qui doit payer ses salaires chaque mois. Cette page raconte le parcours de huit entreprises françaises des médias et de la culture, à partir de sources publiques vérifiées : date de création, point de départ, modèle économique et ce qu'un créateur peut en retenir.

La démarche : des portraits construits à partir de sources publiques

Chaque portrait de cette page s'appuie sur des sources publiques lues et citées : l'encyclopédie Wikipédia en français pour les informations factuelles et chronologiques, complétée par au moins un article de presse économique, une source officielle ou le site de l'entreprise elle-même. Aucune interview n'a été réalisée pour cette page : les quelques propos entre guillemets reproduisent mot pour mot une phrase déjà publiée par la source citée, jamais une reconstitution.

Ce choix de méthode limite volontairement le champ de cette page aux faits publics et vérifiables. La stratégie intime d'un dirigeant ou le détail d'un pacte d'associés n'y figurent pas. Ce qui compte ici, ce sont des trajectoires d'entreprises dont l'histoire, le financement et le modèle économique sont documentés par la presse économique, par les sociétés elles-mêmes ou par leurs propres déclarations publiques. Quand un chiffre ou un fait ne figurait sur aucune source lue au moment de la rédaction, il n'a pas été cité, et la formulation reste générale.

Huit parcours d'entrepreneurs et d'entreprises des médias français

Ces huit entreprises couvrent la presse magazine, la régie publicitaire en ligne, les médias vidéo sur réseaux sociaux, le jeu vidéo transmédia, l'édition indépendante, la presse d'investigation et le disque indépendant. Elles n'ont ni la même taille ni le même âge, mais chacune est née d'une décision concrète de créer une structure plutôt que de rester salarié d'un titre existant.

So Press, de So Foot à la SVOD (Franck Annese, 2003)

So Press est un éditeur de presse indépendant français fondé le 18 février 2003 par Sylvain Hervé, Guillaume Bonamy et Franck Annese, selon Wikipédia. Franck Annese travaillait dans un cabinet d'audit puis pour l'émission Culture Pub avant de lancer, avec ses deux associés, So Foot, magazine mensuel consacré au football sur un ton décalé, à partir d'un prototype distribué entre amis avant le lancement officiel en avril 2003, selon le magazine britannique When Saturday Comes.

Le groupe s'est ensuite diversifié par ajout successif de titres : Doolittle en 2009, So Film consacré au cinéma en 2012, puis le quinzomadaire Society en 2015, dont une enquête sur l'affaire Dupont de Ligonnès s'est vendue à 450 000 exemplaires en 2020, un record pour le groupe, selon Wikipédia. So Press a ensuite racheté le magazine musical Tsugi en 2018, créé un label musical nommé Vietnam et une maison d'édition, So Lonely, puis lancé en mars 2025 une plateforme de vidéo à la demande par abonnement, Society+. Le groupe emploie 120 salariés en 2025 pour un chiffre d'affaires de 18 millions d'euros en 2020, selon sa fiche Wikipédia.

Ce qu'un créateur de média peut en retenir : un titre de niche qui trouve son public peut financer, des années plus tard, le lancement d'autres titres, d'un label et d'une plateforme vidéo, en réinvestissant les marges d'un titre rentable dans les suivants.

Webedia, d'un site de célébrités à la filiale de Fimalac

Webedia est une régie publicitaire française spécialisée dans les médias en ligne, créée le 27 novembre 2007 par Cédric Siré et Guillaume Multrier, selon Wikipédia. L'entreprise naît des lancements successifs de Purepeople, Puretrend et Purefans, des sites consacrés à l'actualité des célébrités, bâtis sur des secteurs « à fort potentiel d'intérêt et très peu traités en ligne », selon la même source.

En mai 2013, le groupe Fimalac du financier Marc Ladreit de Lacharrière rachète la majorité du capital de Webedia, alors fort de dix millions de visiteurs uniques mensuels et d'un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros en 2012, selon Stratégies et Les Echos. Fimalac apporte à cette occasion 20 millions d'euros de capitaux frais pour financer le développement international de Webedia. Le groupe poursuit ensuite les rachats, dont celui de Jeuxvideo.com en 2014 pour 90 millions d'euros, selon Wikipédia, et développe un portefeuille de marques qui va d'Allociné à 750g en passant par Easyvoyage. En 2021, Webedia affiche un chiffre d'affaires de 133 millions d'euros pour un résultat net de 42,5 millions d'euros, selon sa fiche Wikipédia.

Ce qu'un créateur de média peut en retenir : construire d'abord une audience sur des niches peu couvertes, avant de chercher un actionnaire industriel capable de financer les rachats et l'expansion internationale que les seules recettes publicitaires ne permettent pas.

Konbini, du native advertising à l'indépendance retrouvée (2008)

Konbini est un média en ligne français fondé à Paris en 2008 par David Creuzot et Lucie Beudet, selon Wikipédia. Les deux fondateurs avaient auparavant créé, en 1997, une agence de conseil en image, fusionnée en 2006 avec l'agence La Chose. En septembre 2008, ils lèvent 700 000 euros auprès de NextStage AM pour lancer Konbini, du nom des commerces de proximité japonais ouverts jour et nuit, avec l'idée de « créer une plateforme qui donnera une place en ligne, et au soleil, aux artistes émergents », selon l'historique publié par Konbini.

Le média lève ensuite 3 millions d'euros en 2009, devient rentable dès 2012 avec un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros, selon Wikipédia, puis se finance par le marketing de contenu et le native advertising, des contenus coproduits avec des marques comme Coca-Cola, Netflix ou L'Oréal. L'actionnariat est longtemps dominé par la famille Perrodo, avant un rachat à 100 % en 2024 par DC Company, éditeur du site satirique Le Gorafi. En 2024, Konbini revendique 22,7 millions d'euros de revenus, selon sa fiche Wikipédia.

Ce qu'un créateur de média peut en retenir : un modèle gratuit, financé par la publicité et le contenu de marque, suppose des années de pertes avant la rentabilité et une dépendance à des actionnaires capables d'absorber ce délai.

Brut, le média né sur les réseaux sociaux (2016)

Brut est un média en ligne français fondé en novembre 2016 par Renaud Le Van Kim, Guillaume Lacroix, Laurent Lucas et Roger Coste, selon Wikipédia. Guillaume Lacroix avait fondé le Studio Bagel, Renaud Le Van Kim avait produit Le Grand Journal de Canal+ : Brut est pensé comme un média diffusé uniquement sur les réseaux sociaux, essentiellement en vidéo, pour toucher un public jeune déjà présent sur Facebook et Twitter.

La croissance est rapide : plus de cent millions de vues entre le lancement et février 2017, selon Wikipédia. En juillet 2024, Brut revendique 500 millions de spectateurs uniques par mois dans 60 pays et annonce être devenu rentable, le marketing de contenu représentant alors 40 % de son chiffre d'affaires. Le média a traversé plusieurs levées de fonds, 40 millions de dollars en 2019 puis 40 millions d'euros en 2023 auprès notamment de Rodolphe Saadé, PDG de l'armateur CMA CGM, qui devient propriétaire de Brut via CMA Média en 2025, selon Wikipédia.

Ce qu'un créateur de média peut en retenir : dépendre d'une seule plateforme de diffusion est un risque que les médias vidéo nés sur les réseaux sociaux doivent corriger en diversifiant leurs canaux et, souvent, en trouvant un actionnaire de long terme.

Ankama, de l'agence web au studio transmédia (2001)

Ankama est une société holding française fondée le 15 mai 2001 à Roubaix par trois amis, Anthony Roux, Camille Chafer et Emmanuel Darras, dont les prénoms forment le nom de l'entreprise, selon Wikipédia. Le trio démarre par une agence de création de sites internet, pour des clients comme La Redoute, afin de financer le développement d'un jeu vidéo en ligne, Dofus, sorti le 1er septembre 2004 après plusieurs années de développement.

Le succès de Dofus permet à Ankama de se diversifier : maison d'édition de bandes dessinées en 2005, studio d'animation en 2007 pour la série Wakfu diffusée sur France 3 dès 2008, produits dérivés. En 2011, le magazine Le Point relate le refus d'Ankama de vendre l'entreprise à Disney : « Soit nous vendions, soit nous structurions la société pour nous donner les moyens de nous développer », explique le cofondateur Emmanuel Darras, alors que le chiffre d'affaires du groupe a progressé de plus de 400 % entre 2006 et 2010 pour atteindre 45 millions d'euros, selon Wikipédia. En 2023, le chiffre d'affaires consolidé d'Ankama s'établit à 37,5 millions d'euros, selon Wikipédia.

Ce qu'un créateur de média peut en retenir : une activité de service peut financer, au départ, le développement d'un projet plus risqué, et refuser un rachat engage à construire seul les moyens financiers de poursuivre.

Les Arènes, une maison d'édition née d'un refus (1997)

Les Arènes est une maison d'édition française fondée en 1997 par Laurent Beccaria, qui avait auparavant occupé des fonctions éditoriales chez Flammarion, Plon puis Stock, selon Wikipédia. La maison naît d'un refus : Claude Durand, alors PDG de Stock et de Fayard, refuse de publier un manuscrit de Dominique Lorentz sur les relations nucléaires franco-iraniennes, et Laurent Beccaria crée sa propre structure pour le faire paraître.

Les Arènes élargit ensuite son catalogue aux documents d'actualité, aux livres de témoignages, à l'histoire et aux sciences humaines, puis à la bande dessinée, au polar et à la jeunesse, selon Wikipédia. En 2001, Les Arènes publie le livre controversé de l'ancien journaliste Denis Robert sur la finance internationale, accompagné d'un documentaire diffusé sur Canal+, selon Le Monde. En 2017, la société fusionne avec JNF Production pour devenir Éditions Les Arènes, Laurent Beccaria restant à la tête de l'ensemble, selon Wikipédia.

Ce qu'un créateur de média peut en retenir : un refus essuyé auprès d'un grand groupe peut devenir le point de départ d'une maison d'édition indépendante, à condition d'élargir ensuite le catalogue pour ne pas dépendre d'un seul type de livre.

Mediapart, l'abonnement sans publicité (Edwy Plenel, 2007)

Mediapart est un quotidien de presse en ligne français fondé en 2007 par un groupe de journalistes dont Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde, selon Wikipédia. Le site est lancé en 2008 avec un modèle opposé à celui de la plupart des médias d'information en ligne : aucune publicité, aucune aide à la presse, aucun partenariat commercial avec les grandes plateformes technologiques, un financement reposant presque entièrement sur l'abonnement payant.

Ce choix met des années à devenir rentable, mais Mediapart enregistre, en 2024, sa quatorzième année consécutive de rentabilité, avec un chiffre d'affaires de 24,9 millions d'euros, en hausse de 11,4 % sur un an, et un résultat net supérieur à 3,3 millions d'euros, selon les chiffres présentés par le journal. Fin 2024, Mediapart comptait 233 277 abonnés, 99 % de ses revenus provenant des abonnements. En 2019, l'entreprise a transféré la totalité de son capital à un fonds de dotation, le Fonds pour une presse libre, pour sécuriser son indépendance, selon Wikipédia.

Ce qu'un créateur de média peut en retenir : un modèle entièrement payant, sans publicité, peut devenir rentable dans la presse en ligne, mais demande des années de patience et une structure capitalistique qui protège le titre d'une revente.

Productions Jacques Canetti, le premier label indépendant français (1962)

Les Productions Jacques Canetti, fondées en août 1962 par le directeur artistique et producteur Jacques Canetti, forment le premier label de disques indépendant de chanson française, selon Wikipédia. Jacques Canetti démissionne alors des disques Philips pour continuer à pratiquer son métier de producteur « en artisan », selon la même source : il avait déjà enregistré, chez ses employeurs précédents, les premiers disques d'Édith Piaf, de Georges Brassens, de Jacques Brel ou de Juliette Gréco.

Le label construit un catalogue autour d'artistes comme Boris Vian, Serge Reggiani, Jacques Higelin ou Brigitte Fontaine, avec une charte graphique reconnaissable, des pochettes en noir et rouge sur lesquelles les noms d'artistes sont écrits de la main de Jacques Canetti. À sa mort en 1997, ses enfants Bernard et Françoise Canetti reprennent la direction du label. En 2004, l'entreprise met fin à sa licence avec Universal pour redevenir indépendante et confie sa distribution à Because Music, selon Wikipédia et le site des Productions Jacques Canetti.

Ce qu'un créateur de média peut en retenir : un label indépendant peut traverser plusieurs décennies en misant sur la valeur de son catalogue, rééditions et archives inédites, autant que sur ses nouveautés, et en redevenant indépendant quand une licence avec une major ne correspond plus à son projet.

Tableau récapitulatif des huit entreprises

Ce tableau résume la date de création, le secteur et le modèle économique dominant de chacune des huit entreprises, à partir des mêmes sources que les portraits ci-dessus.

EntrepriseCréationSecteurModèle économique dominant
So Press2003Presse magazine, puis audiovisuel, label et SVODVente au numéro et abonnement des titres, diversification en label musical et plateforme vidéo
Webedia2007Régie publicitaire et médias en lignePublicité display et native, rachats financés par un actionnaire industriel, Fimalac
Konbini2008Média en ligne et agence de contenu de marqueMarketing de contenu et native advertising pour des marques partenaires
Brut2016Média vidéo sur réseaux sociauxPublireportages et marketing de contenu diffusés gratuitement
Ankama2001Jeu vidéo, animation, édition, produits dérivésVente du jeu, droits dérivés, licences d'un même univers transmédia
Les Arènes1997Édition de livresVente au numéro de livres sur un catalogue diversifié, essai, BD, jeunesse, polar
Mediapart2007Presse d'information en ligneAbonnement payant exclusif, sans publicité ni aide publique
Productions Jacques Canetti1962Label de musique indépendantVente de disques, licences et réédition d'un catalogue d'archives

Ce que ces parcours ont en commun

Ces huit trajectoires ne se ressemblent ni par leur taille ni par leur secteur, mais elles partagent plusieurs traits. Toutes commencent petites : une agence web pour financer un jeu vidéo chez Ankama, un manuscrit refusé chez Les Arènes, un prototype distribué entre amis pour So Foot, une levée de 700 000 euros pour Konbini. Aucune de ces huit entreprises n'a démarré avec les moyens de son ambition finale.

Toutes se sont ensuite diversifiées ou consolidées une fois le premier titre, le premier jeu ou le premier abonné trouvé. À un moment de leur histoire, la plupart ont aussi dû choisir entre rester seules et s'adosser à un tiers : Webedia et Brut ont trouvé un actionnaire industriel, Konbini a changé d'actionnaire majoritaire à deux reprises, tandis que Mediapart et Ankama ont choisi de refuser une offre de rachat pour garder la main sur leur projet. Aucun de ces choix n'est présenté ici comme supérieur à l'autre : chacun correspond à une décision prise avec les contraintes de financement propres à son secteur.

Mode de financement de l'amorçageEntreprises concernéesCe que cela suppose
Autofinancement par une activité de serviceAnkama (agence web), Konbini (agence de conseil avant 2008)Un revenu parallèle qui finance le vrai projet le temps qu'il trouve son public
Levée de fonds auprès d'investisseursKonbini (700 000 euros en 2008), Brut (40 millions de dollars en 2019), Mediapart (apports des fondateurs et d'investisseurs en 2007)Un délai de pertes à financer avant la rentabilité, et des actionnaires à associer aux décisions
Croissance d'un premier titre rentableSo Press (So Foot finance les titres suivants), Les Arènes (le premier livre finance le catalogue)Pas de dette ni d'actionnaire extérieur, mais une croissance plus lente
Adossement à un actionnaire industrielWebedia (Fimalac depuis 2013), Brut (CMA CGM depuis 2025)Des moyens financiers plus importants, en échange d'une part du capital

Repères sur les huit entreprises

Doyenne
Productions Jacques Canetti, fondées en 1962
Plus récente
Brut, fondé en 2016
Modèle sans publicité
Mediapart, financé à 99 % par ses abonnés
Deux modèles financés par des marques
Konbini et Brut (marketing de contenu et native advertising)
Deux adossées à un actionnaire industriel
Webedia (Fimalac) et Brut (CMA CGM, via CMA Média)
Vigilance

Les chiffres de chiffre d'affaires, de résultat net ou de nombre d'abonnés cités dans ces portraits correspondent à l'année indiquée pour chaque entreprise et ne sont pas comparables entre elles sans retraitement : ils proviennent de sources différentes, à des dates différentes, avec des périmètres parfois distincts. Un porteur de projet qui s'inspire de ces parcours doit vérifier, sur la publication la plus récente de chaque entreprise, les montants à jour avant de les reprendre dans son propre dossier.

Questions fréquentes sur les entrepreneurs des médias

Les parcours présentés ici montrent des profils variés, journalisme, audit, communication, développement web, sans formation unique commune. Ce qui revient dans chaque portrait, c'est une expérience préalable dans le secteur concerné avant la création de l'entreprise.

Non. So Press, Ankama, Brut et Konbini ont chacun été fondés par deux à quatre associés. Un fondateur seul existe aussi, comme Jacques Canetti ou Laurent Beccaria, mais la plupart des entreprises présentées reposent sur une équipe fondatrice.

Les huit portraits montrent plusieurs voies : l'autofinancement par une activité de service en parallèle du projet, comme l'agence web d'Ankama, la levée de fonds auprès d'investisseurs, comme pour Konbini ou Mediapart, ou la croissance progressive d'un titre rentable qui finance le suivant, comme pour So Press.

Pas nécessairement. Webedia a été rachetée par le groupe Fimalac dès 2013, Brut est devenu propriété de CMA Média en 2025 et Konbini a changé d'actionnaire majoritaire en 2024. D'autres, comme Mediapart, ont choisi une structure capitalistique destinée à empêcher une revente future.

Parce que cette page vise à rassembler des faits publics vérifiables plutôt que des déclarations recueillies directement : chaque information provient d'une source publique citée, ce qui permet à chaque lecteur de vérifier lui-même l'information à la source.

Sources publiques citées

Pour la vue d'ensemble (métiers, étapes, financements), voir notre guide pour entreprendre dans la culture et les médias.